AHMED ZABANA 1926 – 1956

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 « Mes chers parents, ma chère mère.

Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu’il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin et la mort pour la patrie n’est qu’un devoir. Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l’être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi. Enfin, recevez les salutations d’un fils et d’un frère qui vous a toujours aimés. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevrez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheira, Salah et Dinya et à toi mon cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine. Allah est Le Plus-Grand et Il est Seul à être équitable.

Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur 

H’mida ».

                        Ceci est la dernière lettre d’un condamné à mort, hors du commun tant l’évènement est singulier dans la mesure où il fut le premier martyr à  être guillotiné en Algérie, pour avoir participé au déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, consacrant le départ du soulèvement du peuple contre la puissance coloniale pour recouvrer sa liberté. Ce fut, certes, aussi, un évènement douloureux pour tous ceux qui ont choisi la lutte armée comme solution ultime pour mettre fin à une nuit coloniale qui aura duré plus de 130 années. Du début de la colonisation et l’entrée du corps expéditionnaire de l’armée d’occupation en 1830, en passant par la guerre de résistance dirigée par l’Emir Abdelkader, jusqu’à l’avènement de la 4eme République, qui vient d’essuyer  un revers mémorable au Vietnam (la défaite de Diène Bien Phu), une autre colonie française du continent asiatique qui a engagé une guerre d’indépendance, la méthode est la même : faire taire par tous les moyens une insurrection qui n’a pas encore dit son mot, en Algérie.

Nous sommes en 1954, le FLN vient de proclamer, le 1er Novembre, date d’un appel au peuple algérien, pour expliquer au monde entier les raisons d’un soulèvement armée pour reconquérir liberté et  dignité spoliés impitoyablement. C’est une décision qui a été prise au terme de plusieurs années à la recherche, par des activités animées par une succession d’associations à caractère politique, engagées dans le cadre du Mouvement national, à faire comprendre à la puissance colonial, le désir ardent pour le peuple, de prendre en main sa destinée.

L’itinéraire de ce martyr rappelle brièvement ce long processus de décolonisation spécifique à l’Algérie. C’est un jeune militant, fils de manutentionnaire au port d’Oran, qui s’est impliqué dans cette guerre d’indépendance.

Ahmed Zahana, plus connu sous le nom de H’mida Zabana, est né en 1926 à El-Ksar, près de Saint Lucien, village qui a tiré sa réputation par la présence de la cimenterie CADO, principale pourvoyeur de postes de travail dans la région. Il n’avait que deux ans quand le chef de famille décida de quitter le village de Djeniène Meskine, pour la ville d’Oran, comme beaucoup algériens de la campagne, dépossédés injustement leur terre. Il est vrai que le port de cette métropole offre des opportunités  aux candidats des bidonvilles ceinturant cette grande cité à grande majorité d’européens. Cette famille s’installera d’abord dans le faubourg Lamur (El-Hamri) avant d’habiter une maison située à l’impasse Meknés, dans un autre quartier populaire, le Village Nègre (Medina Djedida).  C’est dans ce quartier qu’il grandira au milieu de ses frères et sœurs,   sein d’une famille constituée de huit enfants dont il était le quatrième. Il effectua des études primaires jusqu’à obtention du Certificat d’Etudes Primaires, ce qui lui permit de fréquenter le centre de formation professionnelle de la place Karguentah, en qualité d’apprenti soudeur.
L’adhésion d’Ahmed Zabana aux Scouts Musulmans joua un rôle déterminant dans le développement d’un sens patriotique. Zabana à activé dans les rangs du mouvement national en 1941, pour distribuer les journaux publiés dans la clandestinité. Parallèlement, ce jeune militant, jeune scout au sein des SMA va être très entreprenant au milieu des jeunes pour dénoncer les crimes du colonialisme français. Avec ses qualités de meneur d’hommes, son courage et sa volonté, il fut recruté à l’Organisation Spéciale (OS) pour former d’autres militants constitués en cellules clandestines dans les villages de la zone d’El-Gaada et qu’il contrôlait. L’intensification de l’activité politique du martyr et de ses déplacements finirent éveiller les soupçons du Services des Renseignements et de la police de l’autorité  coloniale qui ne tardèrent pas à l’arrêter. Il sera jugé et condamné à trois ans de prison et à l’interdiction de séjour dans la ville pour une période supplémentaire de trois ans qu’il passa entre Mascara, Mostaganem et El Ksar.
Après la dissolution du Comité Révolutionnaire pour l’Unité et l’Action le 5 juillet 1954, le martyr fut désigné par Larbi Ben M’hidi en tant que responsable de la zone de Zahana, chargé de préparer la Révolution avec tout le nécessaire en munitions et hommes. Zabana réussit ainsi à constituer des groupes à Zahana, Oran, Témouchent, Hammam Bouhadjar, Hassi el Ghalla, Chaabet El-l’ham et Sig. Il chargea ces groupes de collecter les cotisations pour l’acquisition d’armes et de munitions. Avec le martyr Abdelmalek Ramdane, il dirigea les opérations d’entraînement militaires ainsi que les techniques pour tendre des embuscades, lancer des incursions et fabriquer des bombes. Après avoir simulé des attaques contre les objectifs français préalablement arrêtés, le martyr tint une réunion avec les chefs et les membres des groupes chargés de l’exécution des opérations, de procéder à leur évaluation et planifier la suite des opérations pour les étapes suivantes: l’opération de « La Mare d’eau », le 4 novembre 1954, contre la maison du garde forestier pour récupérer des armes et la bataille de Ghar Boudjelida, le 8 du même mois. Zabana et son groupe furent encerclés par un bataillon de soldats ennemis dépêché sur les lieux. Dans cette grotte surnommée « La caverne de la chauve-souris », Ahmed Zabana fut arrêté avec ses compagnons. Certains y succomberont et d’autres seront traduits en justice. Blessé grièvement, Zabana est transféré chez ses geôliers et incarcéré.

Traduit devant le Tribunal militaire des forces armées d’Oran, le 21 Avril 1955, qui le condamna à mort. Le 3 mai 1955, le martyr fut conduit à la prison de Barberousse et présenté une deuxième fois au tribunal qui confirma le précédent jugement prononcé par le tribunal militaire d’Oran. .  Le 19 juin 1956, à quatre heures du matin, le martyr fut conduit de sa cellule vers la guillotine, alors qu’il répétait à voix haute:  » Avec nous ou sans nous, l’Algérie vivra libre et indépendante ». De la prison, s’élevait des échos de prière pour le salut de son âme. Toute la population DE LA Casbah était en émoi ce jour, raconte-t-on.

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