Les opportunités d’affaires dans le renouvelable

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Le rendez-vous incontournable de tous les acteurs de l’industrie pétrolière et gazière, le plus important en Afrique du Nord, Napec (North Afirica Pétrole Exhibition &Conference), qui a réuni la semaine dernière au centre des Conventions d’Oran (CCO) 540 exposants, a été riche en contacts, échanges, débats et en accords de partenariat. Le premier bilan de ce Salon est satisfaisant et dépasse les attentes, selon son manager,
Djaâfar Yacini, qui vise l’extension de l’événement vers d’autres activités du secteur. Mais aussi vers d’autres segments, comme le traitement des déchets et les énergies renouvelables (ENR). Des créneaux qui ont eu la part du lion dans cette manifestation à travers les solutions proposées, les projets en cours de négociation et ceux conclus. L’intérêt vis-à-vis des ENR est en effet clairement affiché, que ce soit du côté des opérateurs nationaux ou des firmes internationales. Ces dernières ne veulent pas rater l’opportunité. Elles sont d’ailleurs nombreuses à vouloir participer à l’appel d’offres qui sera lancé fin mars, début avril, pour la réalisation du programme de 4050 MW, les cahiers de charge étant prêts.
Engagement
Le nouveau PDG de Sonatrach, Ould Kaddour Abdelmoumen, a affiché, à l’occasion du Salon Napec (dans son message lu par le vice-président aval, Mohamed Fettouhi), la volonté du groupe de s’impliquer dans ce programme. En effet, en plus de l’effort d’exploration, d’exploitation et d’investissement dans la pétrochimie, Sonatrach entend s’engager dans le renouvelable. «Ce segment constitue un des objectifs de la compagnie dans lequel nous entendons devenir un des acteurs dans un avenir très proche.
Pour cela, nous travaillons à la mise en œuvre, en collaboration avec nos partenaires de certains projets, notamment dans le solaire», est t-il indiqué dans le message de M.Ould Kaddour. Un message dans lequel il s’engage à développer les ressources humaines et à mettre plus de moyens pour spécialiser les travailleurs. Mais avec l’appui des entreprises nationales et étrangères. De ce côté, l’intérêt pour ce projet y est, selon les avis recueillis à travers les stands du 7e Napec. Certains ont même déjà arrêté des projets d’accompagnement de ce programme, d’autres attendent pour voir plus clair, alors qu’une autre catégorie s’engage à apporter son soutien en matière de consulting et savoir-faire.
Le groupe Zergoun franchit le pas
Par ailleurs, l’on recense des firmes, dont l’activité est plutôt dédiée au traitement des déchets des industries pétrolière et gazière et aux services qualité, hygiène, sécurité et environnement. (QHSE). Au chapitre des ENR, le groupe Zergoun Brothers, implanté à Hassi Messaoud, lancera tout prochainement, via sa filiale Zergoun Green Energy, la plus grande usine de panneaux photovoltaïques en Afrique, d’une capacité de 160 MW, selon son premier responsable, qui nous dira :  «Nous travaillons sur ce dossier depuis dix et avec les dernières nouveautés, nos comptons soumissionner au programme du gouvernement sur le renouvelable.» Dans ce projet en phase de lancement, seront associés des partenaires européens et chinois pour les aspects technologiques, mais aussi pour permettre un accès préférentiel aux marchés européen et africain.
«Nos modules vont inclure toutes les options technologiques pour s’adapter au climat. Pour la continuité et la mise à jour technologique, nous sommes en discussion avancée avec des centres de recherche et développement européens», a encore expliqué Rahmoun Zerguoun, dont le projet nécessite un investissement d’environ 10 millions d’euros. General Electric est également prête à travailler sur ce segment. Le PDG du groupe, Smaïl Bouderba, a déclaré en marge de Napec : «Nous sommes partenaires pour la réalisation de ce grand projet.» Il a souligné la nécessité d’améliorer encore le climat des affaires pour le rendre plus attractif en cette période de crise : l’entreprise Sapri, qui a déjà réalisé une station hybride solaire gaz et installé sur tous ses projets des panneaux solaires, espère avoir également des parts du marché du renouvelable en Algérie. Son directeur commercial, Mourad Amar Khodja, nous dira : «Nous comptons avoir au moins une petite participation dans ce programme, pourvu qu’il n’y ait pas encore de report et que les choses soient clarifiées dès le début.»
Appui chinois
Le chinois Sifang, fournisseur de solutions et services dans le domaine de la protection, la surveillance, le contrôle et l’automatisation des systèmes électriques, et qui a déjà fait ses preuves dans le renouvelable, compte aussi s’impliquer dans le programme du gouvernement. Mais de manière indirecte. Et ce, à travers la fabrication d’usines de photovoltaïque (Il en a produit 4 en Chine, selon les dernières technologies). Arrivé en Algérie en 2016, il ambitionne de trouver un partenaire pour soumissionner au programme.  En Algérie, Sifang est en négociations avec kahrakib, une filiale de Sonelgaz, pour fabriquer des composants d’autres parties des stations photovoltaïques, selon les informations recueillies auprès d’un de ses représentants en Algérie, Lahcène Rabahi. «On ne peut pas fabriquer localement sans réel transfert de technologie et sans valeur ajoutée», nous fera t-il remarquer.
Réserves
D’autres entreprises se sont montrées réservées. Et pour cause, la loi 49/51 est jugée comme un facteur entravant. C’est le cas pour l’allemand Siemens, dont le manager, Nacer Tamendjari nous précisera : «S’il s’agit de  vente de matériel, on va soumissionner, sinon non pour l’investissement, la règle 49/51 nous bloque. Et de rappeler que Siemens a déjà investi dans l’éolien 8 milliards d’euros au Maroc». Le renouvelable attire aussi l’intérêt des Français, selon Paule Tourrniaire, représente de la Chambre de commerce et d’industrie Province-Alpes-Côte d’Azur (CCI-PACA).
«Le secteur des énergies renouvelables est très porteur et les entreprises françaises seront particulièrement partantes pour apporter leur partenariat et leur savoir-faire aux entreprises algériennes», nous dira-t-elle. L’américain Dupont, quant à lui, s’est engagé à accompagner le ministère de l’Energie pour évaluer les appels d’offres, selon son manager Umberto Torressan. Arrivé en Algérie en 2016, Dupont intervient essentiellement dans le consulting et le HSE (Hygiène sécurité et environnement).
L’américain Dupont comme consultant
Dans le renouvelable, l’entreprise américaine est connue pour ses performances dans la production des composants des panneaux photovoltaïques. La semaine dernière, les représentants du Dupont ont eu des discussions avec le ministère de l’Energie dans ce cadre. «On a beaucoup de données pour calculer les performances. Il sera très difficile au gouvernement d’évaluer les soumissions. Nous interviendrons dans ce cadre en recommandant, via des échanges d’informations, des producteurs de panneaux solaires qui travaillent avec nous déjà depuis plus de 40 ans», nous résumera le numéro un de Dupont en Algérie. C’est un point déjà proposé au ministre Nourredine Bouterfa en décembre dernier, lors de sa visite aux USA. «Car, ce programme est nécessaire. Mais cela dépend de la capacité du gouvernement à trouver le bon partenaire honnête et de maintenir la performance à long terme», notera M. Toressan, insistant sur l’amélioration du climat des affaires.
A ce sujet, Dupont trouve que «la règle 49/51 est un blocage qui va vraiment endommager la volonté des investisseurs à venir en Algérie». Il reste à savoir maintenant quelle sera l’issue de cet appel d’offres, dont le cahier des charges est finalisé et dont un comité de lecture a été installé dans ce sens.
Dans cet appel, trois principaux éléments ont été retenus. Sonatrach participera à hauteur de 40% dans chaque société de projet, contre 11% pour Sonelgaz et les entreprises publiques et privées nationales. A indiquer aussi que l’implication du privé national dans le capital de chacune des sociétés de projet ne dépassera pas les 6%. Selon des informations recueillies auprès d’une source proche de ce dossier, le projet solaire photovoltaïque sera scindé en trois lots de 1350 MW chacun.
Il comprend deux parties (énergétique & industriel) et prévoit la construction de plusieurs centrales solaires dans les Hauts-Plateaux et le sud du pays, dans plusieurs wilayas (Djelfa, M’sila, Laghouat, Béchar, Biskra, El Oued et Ouargla). Aussi, il est prévu dans cet appel d’offres la construction d’usines de fabrication d’équipements et de composants des centrales photovoltaïques. C’est cette partie qui intéresse justement les partenaires étrangers rencontrés lors de la 7e édition de Napec.
Quid des conditions ?
Il reste à savoir maintenant dans quelles conditions se fera la suite. Des experts et des exposants au Napec s’interrogent d’ailleurs sur la durée du temps entre la publication de cet appel d’offres international sur les ENR et son applicabilité sur le terrain, le deadline qu’auront les entreprises retenues dans le cadre de cet appel d’offres avant de se mettre au travail. Un travail pourtant urgent, à la lumière des indicateurs liées à la hausse de la consommation nationale et au risque de baisse des exportations.
«En effet, le modèle énergétique actuel, basé sur la consommation des ressources d’énergie limitées, ne pourra fonctionner indéfiniment. Nous devons engager une transition énergétique vers la sobriété énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables, où le rôle de l’énergie fossile diminuerait», estime à ce sujet l’expert Kamel Aït Chérif, pour qui la politique énergétique nationale reposant sur la priorisation des énergies renouvelables, d’une part, et la préservation des richesses gazières, d’autre part, est une option très viable.
«Sauf que la lenteur affichée dans l’avancement de ce projet ENR n’est pas de nature à encourager les prétendants à l’investissement dans les centrales solaires photovoltaïques», soutiendra-t-il. L’avenir nous le dira. En attendant que tout soit clarifié et que tous les acteurs impliqués dans ce projet se mettent au travail, des sociétés nationales utilisent les panneaux solaires pour s’alimenter en électricité dans les zones éloignées.
C’est le cas de Cosider. Selon Metabess Farid, chargé de la filiale canalisations, l’entreprise a opté pour l’installation, dans des surfaces qui concernent les TRC, de panneaux solaires dans les régions où il n’y a pas d’électricité. Pour l’alimentation en électricité renouvelable des bases de vie, Cosider est en discussion, pour l’étude de faisabilité, avec l’ENI de Sidi Bel Abbès. «C’est une affaire d’une année et l’option est appelée à être généralisée dans toutes les bases», nous confiera M. Metabess.
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